Le sexe du travail…

Article publié dans L/ONTOP octobre 2009, dans le cadre d’un dossier “Le leadership au masculin existe-t-il? Ne ratez pas le coach”.

Vie professionnelle et questions de genre : peut-on en faire toute une histoire à tous propos ?

A ces débuts, l’observation du travail s’est constituée autour d’un genre neutre : le travailleur. Peu importait que les salariés soient des hommes ou des femmes, « les travaux qui, en France, ont constitué la sociologie du travail autour de Georges Friedmann et de Pierre Naville ont tout simplement ignoré que le travail avait un sexe » (Maruani 2004, page 172)

Le sexe du travail…

A partir des années 60, des sociologues s’intéressent  de près à la situation des femmes dans la société et aux rapports sociaux de sexe. Mais l’étude des relations hommes-femmes reste dans le domaine de la famille, les femmes restant exclues des réflexions sur le travail productif qui ne pouvait être que masculin.

Dans les années 70, les relations de genre sont alors définies comme les mécanismes, particuliers à chaque culture, qui déterminent les fonctions et les responsabilités assignées aux uns et aux autres. Par effet, elles déterminent l’accès aux ressources matérielles et immatérielles telles que le pouvoir.

La question du genre dans l’entreprise se fait jour…

Rosabeth Moss Kanter, chercheur à Harvard, (1977) crée la rupture en introduisant la question du genre dans les organisations. Introduire le genre revient à mettre au jour le fait que les hommes et les femmes ne se voient pas affecter le même travail professionnel, ni les mêmes métiers, ni les mêmes carrières et qu’on ne reconnaît pas les mêmes compétences aux hommes et aux femmes. Les principes neutres de l’organisation taylorienne et bureaucratique sont ainsi en contradiction avec une réalité marquée par le traitement différentiel des sexes.

En France, la recherche se saisit du sujet. La division sexuée du travail s’inscrit dans un rapport de hiérarchie et de domination qui exprime la dévalorisation du  ‘féminin’ par rapport au ‘masculin’. La domination masculine (Bourdieu, 1998), sa prédominance dans la sphère professionnelle, et l’idée de l’imbrication des sphères professionnelles et familiales fait son chemin jusqu’à lever le voile sur un point essentiel : la division du travail et les rapports sociaux de sexe dans la famille contribuent fortement à la production des inégalités professionnelles (Collectif, Le sexe du travail,1984) et, par là même, des qualités qui sont développées dans chacun des genres pour les accomplir.

Les grandes écoles se sont ouvertes aux femmes il y a trente ans environ. L’étude APEC 2005, « Cadres, le temps des femmes », indique que les femmes sont présentes à 49 % dans les écoles de management, à 56% à l’Université, et à 25% dans les écoles d’ingénieurs (chiffres 2003). Malgré le « plafond de verre » (Laufer, Fouquet, 1997), de ‘femmes de’ (commerçant, agriculteur, artisan et patron) ou ‘d’armée de réserve’ (volant de main-d’oeuvre précaire appelée lors de périodes d’expansion économique), elles sont devenues des ‘actives’ (Battagliola, 2000) et accèdent de plus en plus aux professions qualifiées et à l’encadrement.

On en vient donc tout naturellement à se poser les questions du genre dans les qualités mêmes nécessaires à l’accomplissement de leurs nouvelles fonctions notamment dans le cadre du management. Mais cette question n’est-elle pas en elle-même le simple reflet de l’Histoire que portent les femmes ? Pendant des générations, les femmes n’ont pas appris à développer des qualités que la société ne réclamait pas d’elles. Maintenant que celles-ci se forment comme les hommes, ont des parcours et des ambitions professionnels identiques, n’est-elle pas dores et déjà obsolète? A-t-elle sa place quand on parle de qualités professionnelles ou de compétences ? Est-elle éthique ?

Bibliographie
.Battagliola Françoise (2000 réed 2004), Histoire du travail des femmes, Editions La Découverte, Paris,
.Bourdieu Pierre (1998) La domination masculine, Paris, Seuil,
.Collectif (1984) Le sexe du travail, Grenoble, PUF
.Kanter Rosabeth Moss (1977), Men and Women of the corporation, Basic Book, New York
.Kanter Rosabeth Moss (1996), Career and the wealth of nations, in Arthur M, Hall D ; & Lawrence B : Handbook of career theory, Cambridge University Press, Cambridge.
.Laufer J., Fouquet, A., (1997), « Effet de plafonnement de carrière des femmes cadres et  accès des femmes à la décision dans la sphère économique », Groupe HEC – Centre d’études de  l’emploi, Service des droits des femmes, Ministère du Travail et des affaires sociales.
.Maruani Margaret, « Travail et genre : les tribulations de la variable sexe » (2004), in sous la direction de Bard, Baudelot, Mossuuz-Lavau : Quand les femmes d’en mêlent, Editions de la Martinière, Paris

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